La crise grecque et sa propagation au Portugal puis à l’Espagne semblent donner le tournis aux investisseurs.
Les marchés viennent de s’offrir un petit moment de panique qui illustre parfaitement ce que nous disons depuis le début de l’année : les marchés sont tirés vers le haut par les performances des entreprises et vers le bas par la situation des Etats.
Et donc après avoir tutoyé le haut de son canal vers 4 100 points, le CAC 40 est repassé vers 3 800 pts, soit sa MM 200 jours, et s’interroge sur son rebond ou sur une nouvelle correction qui pourrait l’amener dans le bas de son canal, vers 3 600 points.
Sur le fonds, l’environnement macroéconomique s’améliore : de nombreux pays émergents ne sont plus en crise, les EU montrent des signes tangibles d’amélioration, au niveau de la consommation des ménages, de la production industrielle, des marges des entreprises avec des résultats globalement meilleurs que prévus.
La crise est européenne, et elle est essentiellement politique : la Grèce n’est pas potentiellement dans une situation pire que celle de la Californie. La Grèce pèse 3% du PIB européen, la Californie plus de 15% du PIB US. Alors ?
Le problème auquel nous sommes confrontés aujourd’hui est celui des incohérences européennes. Les marchés sont européens, les économies et les entreprises sont européennes, on a une zone monétaire unique, mais il n’y a pas de gouvernance politique. Le mythe selon lequel on pouvait adhérer à un espace économique et monétaire unique tout en conservant des souverainetés nationales a vécu. Nous sommes arrivés au bout de nos contradictions, et pas si loin de l’analyse que Hayek faisait de la création de l’euro en disant qu’il n’existait pas de monnaie sans un pouvoir politique. La monnaie est l’instrument du pouvoir politique, mais elle n’existe que parce qu’elle est garantie par un pouvoir politique. Ce qui l’amenait à prédire que l’Euro n’aurait pas une durée de vie très longue si le système politique présidant à l’eurozone n’était pas modifié.
Et l’Europe se trouve confrontée à un choix cornélien : soit on sauve l’espace monétaire, mais c’en est fini du souverainisme, soit on privilégie le souverainisme, et c’en est fini de l’espace monétaire.
Et si c’est la deuxième solution, probablement et toutes choses égales par ailleurs, un certain nombre de pays vont se trouver dans une situation proche de celle de la république de Weimar.
La sortie de la zone euro et la dévaluation monétaire est en effet impossible, puisque le stock de dettes de chaque pays est libellé en euro. Si on dévalue de 50%, on augmente le poids de la dette de 100% ! mais cela veut dire que la dette grecque qui vient de perdre en gros 50% de sa valeur en quelques jours, perdrait encore 50% de sa valeur si elle devait être libellée en drachme. Les Banques et les compagnies d’assurance devraient passer quelques provisions !
Si la négociation est si dure et si compliquée, et si longue, c’est que les Allemands sont en train de dire OK on se porte garant des autres pays, mais on veut un droit de regard sur leur politique économique, budgétaire, et fiscale. Et la Grèce, le Portugal et l’Espagne ne sont pas chauds, et a fortiori les autres Etats, dont la France. Puisque préventivement, on n’attendrait plus que la situation de crise apparaisse pour que la mise sous tutelle des économies nationales soit mise en place.
Compte tenu des urgences de calendrier, la Grèce va devoir trouver de l’argent très vite, courant mai, pour pouvoir faire face à des échéances de remboursement.
Soit d’ici là on a trouvé une solution négociée pour refinancer la Grèce, avec des contreparties fortes en matière de gouvernance et de politique économique au sein de la zone euro, soit la zone euro explose, avec toutes les conséquences que cela peut avoir.
En ce sens, on peut considérer que nous ne sommes plus en Europe dans une crise économique ou financière, mais que celles-ci sont en train de poser les conditions d’une crise de civilisation.
Une certaine idée de la construction européenne est morte, soit on rebondit pour la reformater. Soit on reste arc-boutés sur nos vieux modèles en regardant dignement le vaisseau couler !
Au-delà des considérations philosophiques, quelques considérations pratiques :
1/ l’activité économique mondiale est bonne et les entreprises vont continuer à gagner de l’argent : l’investissement en bourse reste pertinent.
2/ Il ne faut plus être investi sur les financières : les banques ne gagneront plus d’argent dans les années qui viennent et vont être, formellement ou non renationalisées, simplement du fait du poids de dette souveraine dégradée dans leurs bilans, des ratios de solvabilité accrus, de Bale 3 en passant par solvancy 2.
3/ Le risque pour l’épargnant est bien sur la dette souveraine : qui prête aux pauvres prête à dieu, qui prête à l’état prête à rire !
4/ ne pas oublier que le dieu des marchés s’appelle Panurge (regardez l’étymologie grecque, le vieux rabelais était plein de malice), et que la part de cerveau que les financiers utilisent tiendrait dans celui d’un mouton : en faisant preuve d’un peu d’intelligence et d’indépendance d’esprit, on peut battre le marché !
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